"Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter."
George Santayana (1863 - 1952)
Histoire de la France 39-45
Histoire de la France pendant la Seconde guerre mondiale
Par Alexandre Clément
Documents audio-visuels
Appel à la Résistance  Appel à la Résistance
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Allocution du général de Gaulle en 1940.

Sabotage par la Résistance  Sabotage par la Résistance
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Sabotage d'une voie ferrée par la Résistance française.

Jean Moulin  Jean Moulin
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Photo de Jean Moulin.

Arrestation de résistants  Arrestation de résistants
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Arrestations de résistants français par la Gestapo.

Groupes de la Résistance  Groupes de la Résistance
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Tableau des différents mouvements de la Résistance.

Opérateur radio  Opérateur radio
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Opérateur radio clandestin.

Imprimerie clandestine  Imprimerie clandestine
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Photo d'une imprimerie clandestine.

Libération de Paris  Libération de Paris
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Résistant parisien lors de la Libération

 

La résistance en France pendant l'occupation allemande

En juin 1940, le général français Charles de Gaulle, réfugié en Grande-Bretagne, lança un appel à la résistance depuis les ondes de la British Broadcasting Corporation (B.B.C.). Ce fut la création de la France Libre et le début des Forces Françaises Libres (F.F.L.), toutes deux dirigées par le général de Gaulle. Formées d'environ 7 000 hommes basés en Grande-Bretagne, les F.F.L. comptait plus de 70 000 hommes l'année suivante.
     Les F.F.L. furent particulièrement utiles lors du débarquement de Normandie puisqu'elles assistèrent les troupes régulières. Beaucoup de résistants ou d'hommes du maquis se joignirent aussi aux F.F.L. vers la fin de la guerre.

     Le Special Operation Executive (S.O.E.) était un service « secret » britannique créé en 1940 par Winston Churchill. Dirigé par Hugh Dalton, ministre de l'Économie de guerre, ce service s'occupait de la guerre subversive en Europe. Ses principaux objectifs étaient la collecte de renseignements sur l'ennemi, le sabotage des installations ennemies, et l'entraînement de forces clandestines (résistance). D'ailleurs, selon Churchill, le S.O.E. avait pour mission de « mettre l'Europe à feu et à sang ».
     Dans les faits, le S.O.E. s'occupait essentiellement d'organiser les groupes de la Résistance et de gérer les réseaux de renseignements. Ce service organisait aussi des parachutages d'armes, de matériel et d'agents alliés, ainsi que des sabotages (voies ferrées, usines allemandes, etc.).


Les débuts de la résistance intérieure en France furent plutôt désorganisés. Il faut comprendre que la France était divisée entre la collaboration avec les Allemands ou la résistance... Il était donc risqué d'aborder ce sujet et très fastidieux de créer un réseau fiable en zone occupée. Beaucoup de petits groupes se développèrent et, à la longue, se rassemblèrent pour créer de vastes réseaux : Libération Nord et Sud, Combat, Franc-Tireur, etc.

     Jean Moulin fut sans conteste un des grands chefs de la Résistance. « Chef de mission d'un courage et d'un esprit de sacrifice exemplaires, a, en personne, établi la liaison entre les Forces Françaises Combattantes et les Mouvements de la Résistance en France, en déployant, pour y arriver, une ardeur exceptionnelle. »1 Préfet de Chartres en 1941, il fut démis de ses fonctions par Vichy à cause de ses convictions. Il commença alors à nouer des contacts en zone libre entre les divers réseaux de la résistance. Il eut alors l'idée d'unir les différents mouvements de la résistance afin de rendre plus efficace la Résistance française.
     En 1941, le général de Gaulle lui donna la mission de coordonner les mouvements de la résistance en zone libre. En un an et demi, Jean Moulin réussit à unifier trois grands mouvements de la Résistance : Combat, Libération Sud et Franc-Tireur en un seul « Mouvements unis de la Résistance (M.U.R.) », tout cela en changeant en permanence de lieux et d'identités.
     Jean Moulin servait principalement de liaison entre la résistance intérieure et la France Libre. Il réussit à coordonner les opérations de plusieurs groupes de la résistance, partis politiques, syndicats en les regroupant au Conseil national de la Résistance (C.N.R.).
     Il fut trahi et arrêté le 9 juin 1943 à Caluire par la Gestapo. Lorsque celle-ci le tortura et l'interrogea, Moulin ne révéla rien de ce qu'il savait - il connaissait presque tous les rouages de la résistance française... Il mourut dans un camp de concentration allemand où il avait été déporté.

     La Résistance française comportait plusieurs mouvements et réseaux. Les premiers sensibilisaient et organisaient la population tandis que les seconds s'occupaient plutôt du travail « militaire » (sabotage, évasion, collecte de renseignement, etc.) Voici une liste des principaux groupes de la résistance :
  • Armée secrète (A.S.) ;
  • Ceux de la Résistance (C.D.L.R.) ;
  • Combat (mouvement) ;
  • Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P.) ;
  • Front national (communistes) ;
  • Libération-Nord ;
  • Libération-Sud ;
  • Organisation de résistance de l'armée (O.R.A.).

     Le tableau des Groupes de la Résistance2 montre les divers groupes de la Résistance Française et les liens entre ceux-ci. La structure évolua pendant la guerre et certains groupes furent démantelés ou modifiés... Les divisions et liaisons entre groupes étaient complexes et plutôt floues pour certains : « [...] l'organigramme était suffisamment complexe pour permettre à chacun de faire ce qui lui plaisait. Mais il avait néanmoins le mérite d'exister, aussi quand tout le monde était de bonne volonté, on pouvait faire avancer les choses. »3

     Lorsque l'Allemagne envahit la France, beaucoup de Français manifestèrent leur résistance à l'occupation de façon passive. Que ce soit en boycottant les commerces allemands, en déchirant les affiches allemandes ou en faisant mine de ne pas comprendre l'allemand, les Français usaient de tous les moyens possibles pour manifester leur patriotisme. Les auteurs de ces actes étaient quelquefois punis mais cela irritait les Allemands et leur faisait sentir qu'on les acceptait très mal. Néanmoins, ces petits actes patriotiques permirent aux Français de garder leur dignité dans un pays occupé par l'ennemi. Plusieurs Français occupant des fonctions publiques (policiers, postiers, téléphonistes, fonctionnaires, etc.) collaboraient discrètement avec la Résistance en leur fournissant des informations ou en les aidant secrètement.

     Les réseaux clandestins de la Résistance n'étant pas invincibles, ils arrivaient que les Allemands capturent un ou plusieurs agents et découvrent une partie du réseau. Pour empêcher les « dégâts » que cela pouvait causer, les groupes de la Résistance pratiquaient le cloisonnement de l'information. Cette technique ne permettait à chaque membre de ne connaître qu'un seul autre membre. Et plus on montait les échelons de la hiérarchie, plus on savait de choses et plus on connaissait de membres.
     Les Allemands réussirent certaines belles prises en capturant parfois des réseaux entiers. Ils arrivaient que les résistants soient arrêtés puis relâchés. Ils devenaient ensuite des agents doubles en informant les Allemands des actions de la Résistance. Cela était particulièrement utile dans le cas des opérateurs radios qui communiquaient avec l'Angleterre. Les Allemands pouvaient ainsi connaître beaucoup de renseignements sur les autres réseaux ou tromper l'ennemi en envoyant délibérément de fausses informations par l'intermédiaire des agents doubles.
     Le réseau Prosper, un des plus importants réseaux du S.O.E. fut démasqué en juin 1943. Les Allemands le retournèrent en utilisant le Funkspiel (littéralement « jeu de radio ») avec lequel ils pouvaient utiliser les opérateurs radios à leur avantage. Cela mena à l'arrestation de plus d'un millier de résistants dont 35 agents alliés.
     On sait maintenant que les Britanniques utilisèrent le réseau Prosper pour duper les Allemands. En livrant les membres du réseau Prosper aux agences de renseignement allemandes, les Alliés purent faire croire à celles-ci qu'ils allaient débarquer au Pas-de-Calais. Cela suscita plus tard une certaine controverse puisque environ 400 résistants sont morts à la suite de l'emprisonnement ou de la déportation vers les camps de concentration allemands. Certains résistants de ce réseau furent aussi considérés comme des traîtres aux yeux de leurs compatriotes puisqu'ils livrèrent, peut-être sans le savoir, d'autres résistants à la Gestapo. Aujourd'hui certaines personnes, dont Jacques Bureau, un des anciens du réseau Prosper, demandent des comptes aux Anglais sur ce désastre...


Pendant l'Occupation, les journaux officiels étaient soumis à la censure, à la propagande et contrôlés par les Allemands. Beaucoup de mouvements de résistance diffusaient donc leur propre journal clandestin, se résumant souvent à un feuillet de quelques pages... Les matières premières (papiers, encre) étaient peu disponibles parce que contingentées. Les machines à écrire aussi étaient saisies et il fallait donc disposer de machines à imprimer spéciales. La diffusion se faisait le plus souvent en passant le journal de mains en mains ou par la livraison à domicile. Certains journaux étaient plus populaires que d'autres : Défense de la France (400 000 exemplaires), Combat (300 000 exemplaires), Libération et Franc-Tireur (150 000 exemplaires).
     Les informations concernaient souvent les nouvelles de l'étranger, de la Résistance ou des batailles de l'armée allemande. Les bureaux des journaux clandestins étaient provisoires et souvent déplacés pour échapper au contrôle de la Gestapo. L'impression était généralement réalisée avec les moyens disponibles.


Vers 1944, des rumeurs circulaient concernant un débarquement imminent des Alliés. Le Comité de coordination de la Résistance avait planifié un soulèvement général lors de l'arrivée des Alliés. La plupart des groupes de la Résistance avait des objectifs précis (sabotages, déraillement, etc.) qu'ils devaient exécuter lorsqu'ils entendraient le message codé correspondant à la B.B.C. Au début de juin 1944, débutèrent donc des séries d'attaques contre les usines d'armement, les gares, etc.
     À mesure que les Alliés pénétraient à l'intérieur de la France, les réseaux de la Résistance venaient leur prêter main-forte. Certains départements dans le Sud-ouest, entre autres, furent libérés par les maquis avant même l'arrivée des soldats alliés. Les résistants de la ville de Paris se soulevèrent lors de l'arrivée des Alliés (21 août 1944) et engagèrent le combat contre les Allemands : « Dans de durs combats de rue, les résistants du colonel FTP Rol-Tanguy tiennent en échec les soldats du général von Choltiz [...] [et ils] obtiennent le 25 la reddition de von Choltiz. »4
     Toutefois, l'heure de la vengeance avait sonnée pour les Français. Les collaborateurs furent arrêtés, humiliés, battus et même tués. La Résistance abattit un grand nombre de ceux-ci ainsi que des Allemands : « Durant les semaines qui précédèrent et suivirent la libération, au moins 11 000 collaborateurs furent exécutés sommairement. »5
     Le général de Gaulle se hâta de mettre en place des tribunaux locaux pour juger les crimes de ces collaborateurs. Plus de 700 d'entre eux furent exécutés après avoir été condamnés à la peine de mort, 39 000 autres furent emprisonnés et 40 000 autres collaborateurs perdirent leurs droits civiques.