"Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter."
George Santayana (1863 - 1952)
Histoire de la France 39-45
Histoire de la France pendant la Seconde guerre mondiale
Par Alexandre Clément
Documents audio-visuels
Pétain et Laval  Pétain et Laval
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Le Maréchal Philippe Pétain et le ministre Pierre Laval.

Rencontre de Montoire  Rencontre de Montoire
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Rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler.

Propagande du S.T.O.  Propagande du S.T.O.
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Affiche de propagande du S.T.O.

Les maquisards  Les maquisards
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Groupe de maquisards dans un maquis

La Milice française  La Milice française
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Miliciens français prêtant serment à paris

Le rationnement  Le rationnement
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Ménagères attendant la distribution des denrées

Exécution de collaborateurs  Exécution de collaborateurs
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Exécution de collaborateurs en 1945.

 

La collaboration du gouvernement de Vichy

Après la signature de l'armistice en juin 1940, le gouvernement français s'installa à Vichy, dans la zone non occupée de la France. Quelques semaines plus tard, le 10 juillet 1940, le gouvernement de Vichy obtint les pleins pouvoirs de l'État français. Ce fut donc, dès ce jour, le maréchal Philippe Pétain qui tenu les rênes du pouvoir en France. Le maréchal Pétain faisait partie des vétérans de Verdun, un des héros de la Première guerre mondiale. Durant l'occupation allemande, de 1940 à 1944, il fut notamment l'inspirateur de la révolution nationale.
     Imposé par Adolf Hitler au gouvernement vichyste, le Premier ministre Pierre Laval était le numéro deux du gouvernement de Vichy. C'était aussi un fervent collaborateur avec les Allemands.

     La 3e République française cessa d'exister le jour où le maréchal Pétain commença à diriger le pays. Le maréchal Pétain le dota d'une série d'actes constitutionnels, qui remplaçaient l'ancienne Constitution de l'État français. La 4e République française prônait les valeurs paysannes : travail, famille, patrie et s'apparentait plutôt à l'État autoritaire qu'à un régime démocratique parlementaire. En effet, la nouvelle législation rétablit les délits d'opinions et d'appartenance, ce qui permis l'élimination des socialistes, communistes ainsi que l'abolissement des syndicats. De plus, vers octobre 1940, le gouvernement français adopta des mesures antisémites s'apparentant aux lois de Nuremberg.


La rencontre de Montoire entre le maréchal Pétain et le führer Adolf Hitler, le 24 octobre 1940, scella la collaboration entre la France de Vichy et l'Allemagne nazie. Dès lors, Vichy commença sa politique de collaboration qui comprenait, entre autres, la fabrication d'équipements militaires pour l'armée allemande et la lutte contre les « terroristes » (communistes, gaullistes et révolutionnaires) et les juifs. Pétain endossa pleinement la responsabilité de la collaboration avec l'Allemagne : « Cette politique est la mienne. Les ministres ne sont responsables que devant moi : c'est moi seul que l'Histoire jugera. »1

     En 1942, l'économie de guerre allemande demandait beaucoup d'ouvriers pour travailler dans les usines. Adolf Hitler demanda alors au maréchal Pétain l'envoi de travailleurs français en Allemagne. Les Allemands commencèrent par instaurer le principe de trois travailleurs français pour un prisonnier libéré. Hélas, ils ne respectèrent pas longtemps leur engagement et peu de prisonniers français furent libérés. D'abord constituée de volontaires, la main-d'oeuvre française fut rapidement composée de travailleurs français envoyés en Allemagne par le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Ce service, instauré par Vichy, concernait tous les hommes de 16 à 60 ans. Au total, près de trois millions de Français travaillèrent pour les Allemands : 400 000 volontaires, 650 000 travailleurs forcés et environ un million de français qui travaillaient dans les usines allemandes en France.

     Le S.T.O. eut des effets négatifs pour Vichy. En effet, plusieurs milliers de français, refusant d'aller travailler en Allemagne, se réfugièrent clandestinement dans les bois, les montagnes. Ce fut le début des maquis : des endroits où les maquisards vivaient en groupe, mal organisés, mal logés et mal nourris. Les conditions de vie y étaient difficiles - peut-être autant que pour ceux qui étaient envoyés en Allemagne... Les travailleurs sont peu nourris et entassés dans des baraquements, travaillant douze heures par jour pour un petit salaire.2 Les maquisards volaient souvent de la nourriture dans les villages aux alentours de leurs camps. Lorsqu'ils furent plus nombreux, ils se regroupèrent en bandes et attaquèrent les Allemands : « une véritable armée de l'ombre qui joua un rôle important au cours des combats de la Libération »3. Les divers groupes de la Résistance avaient souvent sous leurs ordres plusieurs maquis qu'ils ravitaillaient et qui, en échange, les aidaient dans leurs actions contre l'occupant.

     Peu après le début des maquis, une force policière spéciale fut chargée de faire régner l'ordre en France occupée, la Milice. Les miliciens étaient composés de Français, souvent des criminels ou des tueurs sortis des prisons. Les membres de la milice étaient détestés et persécutés autant par les Français que par les maquisards. Ils étaient considérés comme des traîtres qui combattaient leurs propres compatriotes. De plus, les miliciens commettaient souvent des vols, des assassinats et des pillages.
     Lors de la libération de la France en 1944, les miliciens furent souvent exécutés sans procès devant un peloton d'exécution. Même l'instauration de tribunaux provisoires par de Gaulle pour juger les collaborateurs ne réussit pas à enrayer le bain de sang causé par la Résistance.

     Pendant la guerre, le gouvernement vichyste adopta plusieurs mesures de guerre dont le rationnement. Comme dans beaucoup de pays, celui-ci fonctionnait sur la base d'échanges de marchandises contre des coupons. Les coupons donnaient droit à de la nourriture, du tissu et du tabac. Les citoyens étaient divisés en plusieurs catégories, selon leur âge, pour déterminer leur ration de chaque denrée. Cela avait pour but une répartition des produits entre tous en temps de guerre.
     Un marché parallèle secret, le marché noir, s'installa rapidement dans la plupart des pays en guerre. Le marché noir était bien évidemment illégal et beaucoup de personnes firent fortune durant la guerre en s'échangeant des biens par le biais de celui-ci. C'était souvent les agriculteurs, ceux qui avaient le plus de nourriture, qui étaient responsables du marché noir.
     Vers la fin de la guerre, il y eut régulièrement des pénuries de plusieurs denrées alimentaires. Il n'était pas rare de voir des dizaines de ménagères faire la queue devant un commerce. C'était parfois les commerçants eux-mêmes qui gardaient une partie des produits dans leur arrière-boutique et qui les vendaient à prix d'or lorsque la demande était grande afin d'encaisser d'énormes bénéfices.


Pour nombre de français, la collaboration avec les Allemands était la meilleure chose à faire pour les habitants d'un pays vaincu. Ainsi, beaucoup de Français dénonçaient les délits de leurs concitoyens aux occupants allemands comme la Gestapo, les S.S., la Milice (française) ou les policiers français. D'autres dénonçaient - ou recherchaient - les juifs cachés par les Français. Le gouvernement vichyste encourageait et récompensait la délation comme le devoir de l'honnête citoyen. La plupart des collaborateurs étaient connus et les Français se méfiaient sans cesse de leurs voisins qui souvent n'hésitaient pas à recourir à la délation pour recevoir un peu d'argent. Les Françaises qui couchaient, se mariaient ou flirtaient avec des Allemands étaient aussi perçues comme des collaboratrices. Elles recevaient des sobriquets peu flatteurs mais très évocateurs.
     Cependant, beaucoup de gens étaient contre ce genre de pratique. Les collaborateurs étaient très mal vus par les Français. Ils étaient perçus comme des traîtres à leur nation. En 1944, lors de la Libération, les collaborateurs furent souvent tués d'une balle dans la tête, sans autre forme de procès. On estime que près de 11 000 de ces collaborateurs furent exécutés sommairement. Les collaboratrices françaises étaient souvent tondues ou humiliées en public.

     Pendant l'occupation allemande, le gouvernement français n'avait pas vraiment d'autre choix que la collaboration avec l'Allemagne nazie. Le gouvernement vichyste a pris certaines décisions plutôt par obligation que par choix. Cependant, certains éléments de Vichy - dont le ministre Pierre Laval - ont fait preuve d'un peu trop de zèle quant à l'application des mesures antisémites. D'autres pays occupés comme le Danemark, par exemple, furent beaucoup plus laxistes dans l'application de la politique d'occupation allemande. Par exemple, ces pays ne faisaient pas de déportations massives de juifs. La France est donc en partie responsable de la mort des juifs qu'elle a expédiés vers les camps de la mort : « [...] les prisons et les camps vichyssois sont les pourvoyeurs des camps nazis : d'ailleurs, la police française participe à l'arrestation des suspects et procède à de grandes rafles de juifs. »4